Gargouillade
Définition
La gargouillade est un saut complexe de la danse classique, apparenté au saut de chat, qui se distingue par l’exécution d’un double rond de jambe en l’air pendant la phase de suspension. Ce pas brillant et virtuose appartient à la catégorie de la petite batterie ou des petits sauts de célérité. On l’exécute généralement de côté, en partant d’une cinquième position pour finir dans la même position, tout en changeant de pied de devant.
Contrairement au saut de chat classique où les jambes se plient simplement vers la poitrine, la gargouillade exige une rotation rapide des bas de jambes. C’est un pas qui demande une coordination extrême, car chaque jambe doit effectuer son propre mouvement circulaire de manière quasi simultanée mais décalée dans le temps du saut.
Technique
- Le danseur commence en cinquième position, par exemple avec le pied droit devant, et effectue un demi-plié profond pour gagner l’impulsion nécessaire.
- La jambe qui se trouve devant (la droite) se dégage de côté tout en effectuant un petit rond de jambe en l’air rapide (généralement en dehors).
- Pendant que la première jambe amorce son mouvement, le danseur pousse sur la jambe de terre pour s’élever dans les airs.
- La seconde jambe (la gauche) s’élève à son tour et exécute immédiatement un second rond de jambe en l’air (en dedans).
- Le danseur retombe successivement sur la première jambe, puis sur la seconde, pour fermer en cinquième position.
- Le mouvement se termine par un demi-plié amorti, le pied gauche se retrouvant désormais devant (changement de pied).
Étymologie
Le terme « gargouillade » dérive du verbe français « gargouiller », qui évoque un mouvement de bouillonnement ou un bruit d’eau. En danse, cette image illustre la rapidité et la fluidité tourbillonnante des jambes qui semblent s’entremêler vivement dans les airs avant de se poser au sol. On utilise parfois le terme « rond de jambe doublé » pour décrire la nature mécanique du mouvement, bien que le nom traditionnel soit privilégié dans le répertoire académique.
Histoire
Au XVIIIe siècle, la célèbre danseuse Marie-Anne de Cupis de Camargo, dite la Camargo, était particulièrement réputée pour sa maîtrise exceptionnelle des gargouillades. À cette époque, elle a contribué à l’évolution de la technique féminine en osant raccourcir ses jupes de quelques centimètres afin de laisser voir le travail complexe de ses pieds et de ses jambes. Cette innovation vestimentaire a permis au public d’apprécier la précision de ces pas de virtuosité, autrefois cachés par les costumes longs, et a ouvert la voie à une danse plus aérienne et technique pour les femmes.
En pratique
La gargouillade est un pas de niveau avancé qui demande une grande vélocité des chevilles et des genoux. L’une des difficultés majeures réside dans la capacité à maintenir l’en-dehors tout au long de la rotation des jambes sans déstabiliser le bassin. Les professeurs conseillent souvent de travailler d’abord la rapidité des petits ronds de jambe à la barre avant de tenter de les intégrer dans le saut. Une erreur courante consiste à sacrifier la netteté du dessin circulaire au profit de la hauteur du saut ; or, c’est la précision du mouvement des pieds qui donne à la gargouillade son caractère brillant et percutant.
Gargouillade en anglais : Gargouillade