Jérôme Robbins, né Jerome Rabinowitz le 11 octobre 1918 à New York et décédé le 29 juillet 1998 dans la même ville, est un chorégraphe, danseur, metteur en scène et réalisateur américain. Figure majeure du XXe siècle, il est reconnu pour avoir révolutionné à la fois le ballet classique et la comédie musicale, notamment en tant que directeur artistique associé puis co-maître de ballet du New York City Ballet et créateur de succès planétaires comme West Side Story.
Biographie
1918 : Jérôme Rabinowitz naît à New York, fils d’émigrés juifs polonais. Il passe son enfance à Weehawken, New Jersey, mais New York reste le centre de ses aspirations artistiques. Sa mère l’encourage à explorer la musique, la danse et le théâtre.
Années 1930 : Il entreprend des études de chimie à la New York University, qu’il doit abandonner pour des raisons financières. Sur les conseils de sa sœur Sonia, danseuse professionnelle, il se tourne vers le show-business. Il étudie la danse classique et moderne, le piano et le violon, et suit des cours de théâtre, notamment avec Elia Kazan. Il fait ses débuts comme danseur en 1939 chez Gluck Sandor et Felia Sorel, et participe à des revues de Broadway.
1940 : Il rejoint l’American Ballet Theatre (alors Ballet Theatre) à New York en tant que soliste. Il y interprète des rôles marquants, notamment Petrouchka, un personnage qui le fascine et qu’il considère comme un reflet de lui-même.
1944 : Il chorégraphie son premier ballet, Fancy Free, sur une musique de Leonard Bernstein. L’œuvre, qui met en scène trois marins en permission à New York, est un triomphe immédiat lors de sa création le 18 avril au Metropolitan Opera House. Ce succès lui ouvre les portes de Broadway, où le ballet est adapté en comédie musicale sous le titre On the Town la même année. Robbins déclare à l’époque :
« Après avoir vu la peinture de Paul Cadmus, ‘The Fleet’s In’, que j’ai intérieurement rejetée bien qu’elle m’ait donné l’idée de faire le ballet, j’ai observé des marins, et des filles aussi, partout en ville. Les gestes sont tirés de la vie. Bien sûr, ils sont amplifiés, théâtralisés, mais ils sont basés sur des valeurs humaines… Une chose que je voulais montrer était la bonne énergie et la vitalité américaines, pour prouver que la danse n’a pas besoin d’être russe pour être forte et vigoureuse. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre les Russes – je suis tout à fait pour eux. C’est juste que je pense que la danse américaine est tout aussi bonne. »
Jerome Robbins (Christian Science Monitor, 13 mai 1944)
1945–1946 : Il enrichit le répertoire du Ballet Theatre avec des pièces comme Interplay (1945) et Facsimile (1946), toujours sur des musiques de Leonard Bernstein.
1948 : Il est engagé par George Balanchine au New York City Ballet.
1949 : Il est nommé directeur artistique associé du New York City Ballet. Cette période marque un tournant, Robbins alternant entre le ballet classique et les comédies musicales de Broadway.
Années 1950 : Il crée plusieurs ballets majeurs pour le New York City Ballet, dont Age of Anxiety (1950), The Cage (1951), Afternoon of a Faun (1953) – une réinterprétation du prélude de Debussy dans un studio de danse – et le comique The Concert (1956). Parallèlement, il chorégraphie et met en scène des comédies musicales à succès comme The King and I (1951) et Peter Pan (1954).
1957 : Il crée la comédie musicale West Side Story sur Broadway, une transposition moderne de Roméo et Juliette avec la musique de Leonard Bernstein et le livret de Stephen Sondheim et Arthur Laurents. L’œuvre révolutionne le genre en exigeant des interprètes qu’ils soient à la fois comédiens, chanteurs et danseurs.
1958 : Il fonde sa propre compagnie, Ballets: U.S.A., qui tourne avec succès en Europe, présentant des œuvres comme New York Export: Opus Jazz (1958) et Moves (1959), un ballet sans musique.
1961 : Il co-réalise avec Robert Wise l’adaptation cinématographique de West Side Story, qui remporte 10 Oscars, dont celui du meilleur réalisateur pour Robbins et Wise. Ce triomphe planétaire le pousse à quitter temporairement le New York City Ballet.
Années 1960 : Il continue de créer pour Broadway avec des succès comme Gypsy (1959) et Fiddler on the Roof (1964), qui restent régulièrement à l’affiche. Il met également en scène la pièce Mère Courage de Bertolt Brecht en 1963.
1969 : Il fait son grand retour au New York City Ballet, encouragé par George Balanchine. Il y crée des œuvres majeures, dont Dances at a Gathering, un ballet pour cinq couples sur des musiques de Chopin, qui marque son retour à une fibre semi-narrative.
1970 : Il chorégraphie In the Night, une autre pièce sur Chopin explorant les différentes émotions de la vie de couple.
1971–1972 : Il s’attaque aux Variations Goldberg de J.S. Bach (1971) et explore la culture japonaise avec Watermill (1972).
1974 : Jérôme Robbins se rend pour la première fois à l’Opéra de Paris, qu’il surnomme sa « seconde maison ». Il y dirige personnellement l’entrée au répertoire de ses ballets, collaborant étroitement avec les Étoiles de la compagnie.
1975 : Il crée En Sol sur le Concerto en sol de Maurice Ravel, une pièce aux accents jazzy qui intègre l’esprit de Broadway au ballet.
1976 : Il chorégraphie Other Dances, un pas de deux pour Natalia Makarova et Mikhail Baryshnikov sur des musiques de Chopin.
1981 : La Jerome Robbins Chamber Dance Company effectue une tournée acclamée en République populaire de Chine.
1983 : Il crée Glass Pieces sur la musique de Philip Glass, une œuvre qui mélange le ballet classique et la danse post-moderne, dépeignant l’atmosphère urbaine de New York. Cette année-là, après la mort de George Balanchine, il prend la co-direction du New York City Ballet avec Peter Martins.
1989 : Il prend un congé du New York City Ballet pour monter Jerome Robbins’ Broadway, un spectacle rétrospectif de ses chorégraphies les plus célèbres, qui rencontre un grand succès.
1990 : Il démissionne de son poste de maître de ballet en chef du New York City Ballet, mais continue d’y créer des œuvres.
1994 : Il crée A Suite of Dances, un long solo pour Mikhail Baryshnikov sur les Suites pour violoncelle de Bach, marquant le retour de Baryshnikov au ballet et le premier ballet de Robbins pour le NYCB après sa retraite de maître de ballet en chef.
1995 : Il crée West Side Story Suite, une version condensée de sa comédie musicale pour le New York City Ballet.
1997 : Il crée Brandenburg, sa dernière chorégraphie pour le New York City Ballet.
1998 : Le 29 juillet, Jérôme Robbins s’éteint à New York des suites de la maladie de Parkinson. En hommage, les lumières de Broadway s’éteignent quelques minutes. Son héritage continue d’être célébré à travers le monde, ses ballets étant dansés par les plus grandes compagnies internationales.
2018 : À l’occasion du centenaire de sa naissance, de nombreux hommages lui sont rendus, notamment par le New York City Ballet, les Étés de la Danse à Paris, et le Ballet de l’Opéra de Paris.
2023 : Le Ballet de l’Opéra de Paris présente un programme dédié à Jérôme Robbins au Palais Garnier, réunissant En Sol, In the Night et The Concert, soulignant l’ancrage de son répertoire dans la compagnie parisienne.
Répertoire
Ballets classiques et néoclassiques
- 1944 : Fancy Free (musique de Leonard Bernstein)
- 1945 : Interplay (musique de Morton Gould)
- 1946 : Facsimile (musique de Leonard Bernstein)
- 1950 : Age of Anxiety (musique de Leonard Bernstein)
- 1951 : The Cage (musique d’Igor Stravinsky)
- 1953 : Afternoon of a Faun (musique de Claude Debussy)
- 1956 : The Concert (or The Perils of Everybody) (musique de Frédéric Chopin)
- 1958 : New York Export: Opus Jazz (musique de Robert Prince)
- 1959 : Moves (ballet sans musique)
- 1965 : Les Noces (musique d’Igor Stravinsky)
- 1969 : Dances at a Gathering (musique de Frédéric Chopin)
- 1970 : In the Night (musique de Frédéric Chopin)
- 1971 : The Goldberg Variations (musique de Jean-Sébastien Bach)
- 1972 : Watermill (musique de Teiji Ito)
- 1974 : Dybbuk Variations (musique de Leonard Bernstein)
- 1975 : En Sol (musique de Maurice Ravel)
- 1976 : Other Dances (musique de Frédéric Chopin)
- 1979 : The Four Seasons (musique de Giuseppe Verdi)
- 1983 : Glass Pieces (musique de Philip Glass)
- 1994 : A Suite of Dances (musique de Jean-Sébastien Bach)
- 1995 : West Side Story Suite (musique de Leonard Bernstein)
Comédies musicales et mises en scène
- 1944 : On the Town (chorégraphie, musique de Leonard Bernstein)
- 1948 : Look, Ma, I’m Dancin’ (co-direction et chorégraphie)
- 1950 : Call Me Madam (chorégraphie)
- 1951 : The King and I (chorégraphie)
- 1954 : Peter Pan (direction et chorégraphie)
- 1956 : Bells Are Ringing (direction et chorégraphie)
- 1957 : West Side Story (direction et chorégraphie, musique de Leonard Bernstein)
- 1959 : Gypsy (direction et chorégraphie)
- 1964 : Fiddler on the Roof (direction et chorégraphie)
- 1989 : Jerome Robbins’ Broadway (direction et chorégraphie)
Prix, distinctions et récompenses
- 1955 : Emmy Award pour la télédiffusion de Peter Pan
- 1962 : Oscar du meilleur réalisateur (avec Robert Wise) pour West Side Story
- 1976 : Handel Medallion de la ville de New York
- 1981 : Kennedy Center Honors
- 1985 : Membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters
- 1988 : National Medal of the Arts
- Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres
- Cinq Tony Awards
Autres activités
Jérôme Robbins a siégé au National Council on the Arts de 1974 à 1980 et au New York State Council on the Arts/Dance Panel de 1973 à 1988. Il a également fondé et partiellement doté le Jerome Robbins Film Archive de la Dance Collection de la New York Public Library au Lincoln Center.
FAQ
Qui était Jérôme Robbins ?
Jérôme Robbins était un chorégraphe, danseur et metteur en scène américain d’origine juive polonaise. Il est célèbre pour avoir révolutionné la comédie musicale et le ballet classique, notamment avec des œuvres emblématiques comme West Side Story.
Quelles sont les œuvres les plus célèbres de Jérôme Robbins ?
Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent le ballet Fancy Free, la comédie musicale West Side Story (qu’il a également co-réalisée au cinéma), Dances at a Gathering, The Concert, et Glass Pieces. Il a également chorégraphié et mis en scène des succès de Broadway comme Fiddler on the Roof et Gypsy.
Quel rôle a joué Jérôme Robbins au New York City Ballet ?
Jérôme Robbins a rejoint le New York City Ballet en 1949 en tant que directeur artistique associé aux côtés de George Balanchine. Il y a créé de nombreuses pièces majeures et a même co-dirigé la compagnie avec Peter Martins après la mort de Balanchine, de 1983 à 1990.
Comment Jérôme Robbins a-t-il influencé la danse et la comédie musicale ?
Jérôme Robbins a fusionné la technique classique avec des mouvements vernaculaires et des danses urbaines, créant un style distinctement américain. Il a popularisé le ballet et a révolutionné la comédie musicale en exigeant des interprètes qu’ils soient à la fois excellents comédiens, chanteurs et danseurs, comme en témoigne West Side Story.
Quelle était la relation de Jérôme Robbins avec l’Opéra de Paris ?
Jérôme Robbins considérait l’Opéra de Paris comme sa « seconde maison ». Il y est venu pour la première fois en 1974 et a personnellement dirigé l’entrée au répertoire de douze de ses ballets, collaborant étroitement avec les Étoiles de la compagnie et marquant durablement toute une génération de danseurs.
Fiche d'identité
- Nom : Jérôme Robbins
- Nationalité : Américaine
- Né à New York (États-Unis)
- Date de naissance : 11 octobre 1918
- Date de décès : 29 juillet 1998
- Fonctions : Chorégraphe, Danseur, Maître de ballet
- Distinction obtenue : Chevalier de la Légion d'honneur
- Compagnies associées : American Ballet Theatre (ABT), New York City Ballet
- Site officiel :
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