Née le 10 mai 1943 à Philadelphie, en Pennsylvanie, Judith Ann Jamison est une danseuse, chorégraphe et directrice artistique américaine dont la carrière a profondément marqué l'histoire de la danse moderne. Fille de Tessie Brown Jamison, enseignante d'art dramatique, et de John Jamison Sr., ingénieur en tôlerie et musicien amateur, elle grandit dans un foyer où l'art est omniprésent. Son père lui enseigne le piano et le violon, et elle est exposée très tôt à la riche culture artistique de Philadelphie.
Biographie
1949 : À l’âge de six ans, Judith Jamison débute sa formation en danse à la Judimar School of Dance, sous la tutelle de Marion Cuyjet, qui devient l’une de ses premières mentores. Elle y étudie le ballet classique et la danse moderne. Les studios Judimar sont réputés pour leur rigueur et la théâtralité des cours. À huit ans, elle commence les pointes, les claquettes, l’acrobatie et s’initie à la technique Dunham.
Années 1950 : Marion Cuyjet encourage Judith Jamison à diversifier sa formation. Elle apprend la méthode Cecchetti avec Antony Tudor, fondateur de la Philadelphia Ballet Guild, et étudie avec Delores Brown Abelson. Au lycée, elle est membre de nombreuses organisations artistiques et sportives, et étudie l’eurythmie et la gymnastique rythmique de Émile Jaques-Dalcroze.
1960 : À 17 ans, Judith Jamison est diplômée de la Judimar School of Dance et entame des études à l’Université Fisk. Après trois semestres, elle est transférée à la Philadelphia Dance Academy (aujourd’hui University of the Arts), où elle approfondit la danse avec James Jamieson, Nadia Chilkovsky et Yuri Gottschalk. Elle y étudie également la labanotation, la kinésiologie et la technique Horton avec Joan Kerr, qui exige force, équilibre et concentration.
1964 : Sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’Agnes de Mille la remarque lors d’une master class et l’invite à New York pour danser dans The Four Marys, une nouvelle œuvre chorégraphiée pour l’American Ballet Theatre. Après cette expérience, elle auditionne pour Donald McKayle, mais c’est Alvin Ailey qui la contacte pour lui offrir une place dans sa compagnie, l’Alvin Ailey American Dance Theater.
1965 : Judith Jamison fait ses débuts avec l’Alvin Ailey American Dance Theater dans Congo Tango Palace au Harper Theater Dance Festival de Chicago.
1966 : Elle participe à une tournée européenne et africaine avec la compagnie. Ce voyage en Afrique est particulièrement marquant pour elle, qui a toujours été intéressée par l’identité africaine. Cependant, des difficultés financières contraignent la compagnie à suspendre ses activités.
1967 : Pendant cette interruption, Judith Jamison danse avec le Harkness Ballet et travaille comme assistante du directeur artistique. Elle réintègre l’Alvin Ailey American Dance Theater dès sa reformation et y reste treize ans, interprétant plus de soixante-dix ballets, dont les emblématiques Blues Suite et Revelations. Elle devient la muse d’Alvin Ailey.
1971 : Le 4 mai, elle crée le solo légendaire Cry, une pièce de seize minutes chorégraphiée par Alvin Ailey en hommage à sa mère, Lula Cooper, et dédiée à « toutes les femmes noires du monde, en particulier les mères ». Cette chorégraphie, qui célèbre la résilience et la force des femmes, devient sa pièce signature et lui vaut une reconnaissance internationale. Judith Jamison confie à propos de ce solo :
« Dans mon interprétation, cette femme représente toutes celles qui ont subi les horreurs de l’esclavage, enduré la souffrance liée à la perte d’êtres aimés et surmonté des épreuves hors du commun. »
dansesaveclaplume.com
1972 : Elle épouse Miguel Godreau, danseur de l’Alvin Ailey Dance Theater. Leur mariage est annulé en 1974.
1976 : Elle danse aux côtés de Mikhail Baryshnikov dans le duo Pas de Duke, chorégraphié par Alvin Ailey.
1979 : Maurice Béjart crée pour elle son Spectre de la rose.
1980 : Judith Jamison quitte l’Alvin Ailey American Dance Theater pour se produire à Broadway dans la comédie musicale Sophisticated Ladies. Cette expérience, bien que difficile au début, lui permet d’explorer de nouvelles facettes de la scène.
1981 : Elle commence à donner des master classes au Jacob’s Pillow et à chorégraphier ses propres œuvres, mettant en scène des femmes fortes et autonomes.
1984 : Elle chorégraphie Divining.
1985 : Elle fait une apparition remarquée dans un épisode de la série télévisée The Cosby Show intitulé ‘Jitterbug Break’, incarnant Marie, une amie de Clair et Cliff Huxtable.
1988 : Elle fonde The Jamison Project, sa propre compagnie, qui fait ses débuts le 15 novembre au Joyce Theater de New York avec des œuvres comme Divining, Time Out et Tease. La même année, elle retourne à l’Alvin Ailey American Dance Theater en tant qu’associée artistique.
1989 : À la mort d’Alvin Ailey le 1er décembre, Judith Jamison prend la succession et devient directrice artistique de la compagnie. Elle consacre les vingt-et-une années suivantes à son développement, chorégraphiant de nouvelles pièces telles que Forgotten Time, Hymn, Love Stories et Among Us, tout en préservant le répertoire existant. Elle mène la compagnie vers de nouveaux sommets, la sortant de ses dettes et augmentant sa taille et son budget, avec des tournées nationales et internationales sans précédent.
1992 : Elle est intronisée membre honoraire de la sororité Delta Sigma Theta.
1993 : Elle publie son autobiographie, Dancing Spirit, co-écrite avec Howard Kaplan, aux éditions Doubleday. Elle chorégraphie également Hymn, un hommage à Alvin Ailey.
1999 : Elle reçoit le prestigieux Kennedy Center Honors.
2001 : Elle est décorée de la National Medal of Arts.
2005 : L’Alvin Ailey American Dance Theater inaugure le Joan Weill Center for Dance à Midtown Manhattan, le plus grand bâtiment des États-Unis entièrement dédié à la danse, un projet que Judith Jamison a porté avec détermination.
2010 : Elle reçoit le Handel Medallion, la plus haute distinction culturelle de New York, et le Montblanc de la Culture Arts Patronage Award. Son costume de The Mooche (1975) d’Alvin Ailey est ajouté à la collection permanente du Smithsonian National Museum of American History.
2011 : En juillet, Judith Jamison devient directrice artistique émérite de l’Alvin Ailey American Dance Theater, désignant Robert Battle comme son successeur. Elle continue d’être une figure influente, participant à des galas et des événements en l’honneur de la compagnie.
2019 : Elle donne une conférence TED intitulée « Revelations from a lifetime of dance », partageant son parcours et la mission de la compagnie.
2023 : L’Alvin Ailey American Dance Theater célèbre son 65e anniversaire avec un gala d’ouverture en son honneur, marquant ses 80 ans et son impact indélébile sur la danse.
2024 : Judith Jamison décède le 9 novembre à New York, à l’âge de 81 ans, des suites d’une brève maladie. Son héritage perdure à travers l’Alvin Ailey American Dance Theater et les générations de danseurs qu’elle a inspirées.
Répertoire
Rôles principaux
- Cry (Alvin Ailey, 1971)
- Blues Suite (Alvin Ailey)
- Revelations (Alvin Ailey)
- Pas de Duke (Alvin Ailey, 1976) avec Mikhail Baryshnikov
- The Four Marys (Agnes de Mille, 1964)
- Congo Tango Palace (Alvin Ailey, 1965)
- The Mooche (Alvin Ailey, 1975)
- The Prodigal Prince (Geoffrey Holder, 1967)
- Le Spectre de la rose (Maurice Béjart, 1979)
- Facets (John Butler, 1976)
Chorégraphies
- Divining (1984)
- Forgotten Time (1989)
- Rift (1991)
- Hymn (1993)
- Riverside (1995)
- Sweet Release (1996)
- Echo: Far From Home (1998)
- Double Exposure (2000)
- Here…Now (2001)
- Love Stories (en collaboration avec Robert Battle et Rennie Harris, 2004)
- Reminiscin’ (2005)
- Among Us (Private Spaces: Public Places) (2009)
Prix, distinctions et récompenses
- 1990 : Prix Candace, Arts, National Coalition of 100 Black Women
- 1992 : Golden Plate Award de l’American Academy of Achievement
- 1998 : The Dance USA Award (plus jeune récipiendaire)
- 1998 : New York State Governor’s Arts Award
- 1999 : Kennedy Center Honors
- 2001 : National Medal of Arts
- 2004 : Paul Robeson Award
- 2007 : Bessie Awards
- 2008 : Docteur honoris causa de l’Université Brown
- 2009 : TIME 100 Honoree
- 2009 : The BET Honors for Education
- 2009 : Docteur honoris causa du Spelman College
- 2010 : Phoenix Award
- 2010 : Handel Medallion
- 2010 : Montblanc de la Culture Arts Patronage Award
- Emmy Award
- American Choreography Awards
- Capezio Award
- Dance Magazine Award
Autres activités
En plus de sa carrière de danseuse et chorégraphe, Judith Jamison a été une auteure reconnue. Son autobiographie, Dancing Spirit, publiée en 1993, offre un aperçu intime de son parcours et de sa philosophie de la danse. Elle a également été une fervente défenseure de l’éducation artistique, notamment à travers le programme AileyCamp, qu’elle a contribué à développer pour offrir aux jeunes des opportunités de développement personnel par la danse. Son engagement pour l’accessibilité de la danse et la représentation des Afro-Américains dans cet art a fait d’elle une icône culturelle et un modèle pour de nombreuses générations.
Vie privée
Judith Jamison était la fille de Tessie Brown Jamison et John Jamison Sr. Elle avait un frère aîné. Elle a été brièvement mariée à Miguel Godreau, un danseur de l’Alvin Ailey Dance Theater, de 1972 à 1974, date à laquelle le mariage a été annulé.
FAQ
Qui était Judith Jamison ?
Judith Jamison était une danseuse et chorégraphe américaine de renommée internationale. Elle est surtout connue pour son rôle emblématique au sein de l’Alvin Ailey American Dance Theater, d’abord comme danseuse vedette et muse d’Alvin Ailey, puis comme directrice artistique pendant 21 ans.
Quel a été le rôle le plus célèbre de Judith Jamison ?
Son rôle le plus célèbre est sans conteste le solo ‘Cry’, chorégraphié par Alvin Ailey en 1971. Cette pièce de seize minutes, dédiée aux femmes noires et à leurs mères, est devenue sa signature et reste une œuvre emblématique du répertoire de la compagnie.
Quand Judith Jamison a-t-elle dirigé l’Alvin Ailey American Dance Theater ?
Judith Jamison a pris la direction artistique de l’Alvin Ailey American Dance Theater en 1989, après le décès d’Alvin Ailey. Elle a occupé ce poste pendant 21 ans, jusqu’en juillet 2011, date à laquelle elle est devenue directrice artistique émérite.
Quelles sont les contributions majeures de Judith Jamison à la danse ?
Outre ses performances marquantes, Judith Jamison a enrichi le répertoire de l’Alvin Ailey American Dance Theater avec de nouvelles chorégraphies et a assuré la pérennité de la vision d’Alvin Ailey. Elle a également fondé The Jamison Project et a été une fervente défenseure de l’accessibilité de la danse et de la représentation des Afro-Américains dans cet art.
Judith Jamison a-t-elle écrit une autobiographie ?
Oui, Judith Jamison a publié son autobiographie intitulée ‘Dancing Spirit’ en 1993, co-écrite avec Howard Kaplan. Ce livre retrace son parcours exceptionnel dans le monde de la danse.
Fiche d'identité
- Nom : Judith Jamison
- Nationalité : Américaine
- Née à Philadelphie (États-Unis)
- Date de naissance : 10 mai 1943
- Date de décès : 09 novembre 2024
- Fonctions : Chorégraphe, Danseuse, Directrice de la danse
- Niveau atteint : Etoile
- Compagnies associées : American Ballet Theatre (ABT), San Francisco Ballet
- Réseaux sociaux :
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