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Adolphe Nourrit

ProfesseurLibrettiste

Fiche mise à jour le 31 mai 2026

Adolphe Nourrit, né à Montpellier le 3 mars 1802 et mort à Naples le 7 mars 1839, est un ténor, librettiste de ballet et professeur français. Figure légendaire de l'Opéra de Paris, il est non seulement le créateur des plus grands rôles lyriques du romantisme français, mais également l'un des pères fondateurs du ballet romantique grâce à l'écriture du livret de La Sylphide.

Biographie

1802. Adolphe Nourrit naît à Montpellier. Fils de Louis Nourrit, un ténor de renom qui mène parallèlement une carrière de négociant en bijouterie, le jeune Adolphe est d’abord destiné au commerce. Après de solides études classiques, il commence à travailler comme commis surnuméraire dans la Compagnie d’assurances générale sur les hommes.

1821. Passionné de musique, il brave l’autorité de son père, qui refuse de le voir embrasser la carrière théâtrale. Grâce à la complicité de Manuel Garcia, ténor vedette du Théâtre-Italien et ami de la famille, il reçoit des leçons de chant clandestines après ses journées de bureau. Le 10 septembre 1821, il fait des débuts sensationnels à l’Opéra de Paris dans le rôle de Pylade d’Iphigénie en Tauride de Gluck. Sa ressemblance physique et vocale avec son père séduit immédiatement le public.

1824. Il épouse Adèle Duverger, fille du régisseur de l’Opéra-Comique, avec qui il aura sept enfants.

1826. Le 9 octobre, son interprétation de Néocles dans Le Siège de Corinthe de Rossini consacre définitivement son immense talent. En décembre de la même année, il succède officiellement à son père en tant que premier ténor de l’Opéra de Paris. Durant une décennie, il devient l’interprète fétiche des plus grands compositeurs de l’époque, créant les rôles d’Arnold dans Guillaume Tell (1829), de Masaniello dans La Muette de Portici (1828), d’Éléazar dans La Juive (1835) — pour lequel il écrit lui-même les paroles du célèbre air « Rachel, quand du Seigneur » — et de Raoul dans Les Huguenots (1836).

1831. Lors des représentations de Robert le Diable de Meyerbeer, dont il tient le rôle-titre, il observe attentivement la ballerine Marie Taglioni, qui danse le divertissement des nonnes. Admiratif de sa grâce éthérée, il imagine un projet chorégraphique sur mesure pour elle. Il suggère au père de la danseuse, le maître de ballet Filippo Taglioni, de s’inspirer du conte de Charles Nodier, Trilby ou le Lutin d’Argail, en inversant les rôles pour faire de la créature fantastique un personnage féminin.

1832. Le 12 mars, l’Opéra de Paris présente la création de La Sylphide, sur une musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer. Le livret, rédigé par Adolphe Nourrit, pose les bases esthétiques du romantisme : l’opposition entre le monde réel et un idéal inaccessible, les brumes d’Écosse, et l’introduction du premier « acte blanc » de l’histoire de la danse, où Marie Taglioni révolutionne l’art chorégraphique en s’élevant sur ses pointes, vêtue d’un tutu de mousseline blanche.

1834. Fort de ce premier triomphe littéraire, il écrit le livret de La Tempête, un ballet-pantomime chorégraphié par Jean Coralli pour les débuts parisiens de Fanny Elssler.

1836. Il signe l’argument du ballet Le Diable boiteux. Parallèlement, la direction de l’Opéra de Paris, prétextant vouloir soulager la fatigue de Nourrit face à un répertoire écrasant, engage le ténor Gilbert Duprez. Ce dernier révolutionne l’art lyrique avec son contre-ut de poitrine. Profondément blessé dans son orgueil et refusant la confrontation directe, Nourrit choisit de démissionner.

Il confie alors à son ami intime, l’écrivain Ernest Legouvé :

« Je ne suis pas fait pour la lutte. L’hostilité serait inévitable et me serait insupportable, je serais malheureux et vaincu. Duprez a sur moi un avantage immense, il est nouveau. Moi, le public de Paris me sait par cœur. Si je ne pars pas aujourd’hui, on m’évincerait demain. Rien que d’y penser, j’en rougis. Je m’en vais ! »

Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs

1837. Après une tournée éprouvante en province et en Belgique où sa voix commence à le trahir, il décide de partir pour l’Italie afin de parfaire sa technique vocale et d’assimiler l’émission en voix de poitrine, devenue la nouvelle norme sous l’impulsion de Duprez.

1838. Installé à Naples, il travaille sous la direction de Gaetano Donizetti, qui compose pour lui l’opéra Poliuto (dont la censure royale interdira finalement la représentation). Bien qu’il remporte de beaux succès au Teatro San Carlo, notamment dans Il Giuramento de Mercadante, Nourrit est en proie à une profonde dépression et à des crises de paranoïa, persuadé d’avoir irrémédiablement perdu sa voix et l’amour de son public.

1839. Le 7 mars, au retour d’une réception donnée en son honneur à Naples, Adolphe Nourrit met fin à ses jours en se défenestrant du troisième étage de l’hôtel Barbaja. Exhumé un mois plus tard pour être rapatrié en France, son corps reçoit un hommage vibrant à Marseille le 24 avril, lors d’une messe de requiem où son ami Frédéric Chopin joue à l’orgue le lied Les Astres de Schubert. Il est inhumé au cimetière de Montmartre à Paris.

Œuvres chorégraphiques (livrets)

  • 1832 : La Sylphide (musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer, chorégraphie de Filippo Taglioni)
  • 1834 : La Tempête (musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer, chorégraphie de Jean Coralli)
  • 1836 : Le Diable boiteux (musique de Casimir Gide, chorégraphie de Jean Coralli)

Vie privée

Adolphe Nourrit est issu d’une dynastie d’artistes. Son père, Louis Nourrit (1780-1831), fut premier ténor de l’Opéra de Paris avant lui. Son frère cadet, Auguste Nourrit (1808–1853), mena également une brillante carrière de ténor et de directeur de théâtre à l’étranger. De son union avec Adèle Duverger (morte en août 1839, quelques mois seulement après le suicide de son époux), Adolphe Nourrit eut sept enfants, dont Louis-Robert Nourrit (1833–1894), qui devint l’un des associés de la célèbre maison d’édition Plon, Nourrit et Cie.

FAQ

Quel est le rôle d’Adolphe Nourrit dans l’histoire de la danse classique ?

Bien qu’il fût l’un des plus grands ténors de son époque, Adolphe Nourrit a profondément marqué l’histoire de la danse classique en écrivant le livret de La Sylphide (1832). Ce ballet-pantomime, créé pour Marie Taglioni, est considéré comme l’acte de naissance du ballet romantique, introduisant l’usage des pointes et du tutu blanc vaporeux.

Quels sont les ballets dont Adolphe Nourrit a écrit le livret ?

Adolphe Nourrit a rédigé les arguments de plusieurs ballets célèbres du répertoire romantique de l’Opéra de Paris. On lui doit notamment les livrets de La Sylphide (1832), de La Tempête (1834) et du Diable boiteux (1836).

Comment est né le livret du ballet La Sylphide ?

L’idée est née en 1831 lors des représentations de l’opéra Robert le Diable, où Adolphe Nourrit chantait le rôle-titre tandis que Marie Taglioni dansait le divertissement des nonnes. Admiratif de la ballerine, Nourrit suggéra à son père et chorégraphe Filippo Taglioni d’adapter le conte de Charles Nodier, Trilby ou le Lutin d’Argail, en inversant le genre de la créature fantastique pour en faire une sylphide.

Fiche d'identité

  • Nom : Adolphe Nourrit
  • Nationalité : Française
  • Né à Montpellier (France)
  • Date de naissance : 03 mars 1802
  • Date de décès : 07 mars 1839
  • Fonctions : Professeur, Librettiste
  • Compagnie associée : Ballet de l'Opéra national de Paris

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