Bronislava Nijinska
Fiche mise à jour le 4 juin 2026
Bronislava Nijinska est une danseuse, chorégraphe, maîtresse de ballet et pédagogue polonaise et russe, née le 8 janvier 1891 à Minsk (Empire russe) et morte le 21 février 1972 à Pacific Palisades (Los Angeles, États-Unis). Formée à l'École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg, elle s'impose comme la première et unique femme chorégraphe de la prestigieuse compagnie des Ballets russes de Serge de Diaghilev. Figure majeure de l'avant-garde chorégraphique du XXe siècle, elle a profondément modernisé la danse classique en y intégrant l'abstraction, le constructivisme et une complexité rythmique révolutionnaire.
Biographie
1891. Bronislava Nijinska naît au sein d’une famille de danseurs professionnels polonais itinérants, Tomasz Niżyński et Eleonora Bereda. Baptisée à Varsovie, elle grandit dans un environnement artistique foisonnant. Dès son plus jeune âge, elle est initiée aux danses folkloriques polonaises, hongroises et russes par ses parents, et reçoit ses premières leçons de claquettes de la part des danseurs afro-américains Jackson et Johnson, alors en tournée.
1900. Après la séparation de ses parents, sa mère s’installe à Saint-Pétersbourg. Bronislava intègre l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg à l’âge de neuf ans. Elle y étudie sous la direction de maîtres illustres tels qu’Enrico Cecchetti, Nicolaï Legat et Michel Fokine. Elle développe une complicité physique et artistique unique avec son frère aîné, le légendaire Vaslav Nijinski, dont elle observe et partage les explorations corporelles audacieuses.
1908. Diplômée comme « Artiste des Théâtres Impériaux », elle fait ses débuts professionnels sur la scène du Théâtre Mariinsky. Dès 1909, elle rejoint l’aventure des Ballets russes de Serge de Diaghilev à Paris. Elle s’illustre rapidement dans le répertoire de Fokine, créant notamment le rôle de Papillon dans Le Carnaval (1910) et se faisant remarquer en danseuse de rue dans Petrouchka (1911).
1912. Elle assiste secrètement son frère Vaslav dans l’élaboration de ses chorégraphies révolutionnaires et controversées, notamment L’Après-midi d’un faune (1912) puis Le Sacre du printemps (1913). Cette collaboration étroite influence durablement sa propre vision de la danse, caractérisée par l’abstraction du geste, l’ancrage au sol et la force géométrique des mouvements de groupe.
1915. Fuyant les turbulences de la Première Guerre mondiale, elle présente ses premiers solos, dont Feuilles d’automne. En 1919, elle s’installe à Kiev où elle fonde l’École du mouvement, une institution progressiste où elle forme notamment le jeune Serge Lifar. Elle y théorise ses principes sur l’art du mouvement et collabore avec l’artiste constructiviste Alexandra Exter, qui influence son approche plastique et géométrique de la scène.
1921. Face à la pression des autorités soviétiques qui ferment son école, elle fuit la Russie et rejoint à nouveau les Ballets russes en France. Diaghilev, brouillé avec Léonide Massine, la nomme maîtresse de ballet et chorégraphe de la compagnie. Elle entreprend de relever le niveau technique des danseurs et signe ses premières créations d’envergure, dont Le Renard (1922) sur une musique d’Igor Stravinsky.
1923. Elle crée son chef-d’œuvre absolu, Les Noces, sur la partition d’Igor Stravinsky. Ce ballet, qui dépeint le rituel d’un mariage paysan russe, frappe par sa rigueur architecturale, ses blocs de danseurs compacts et son refus du sentimentalisme romantique. Elle y impose une gestuelle terrienne et des pointes percutantes, symbolisant la violence du rite.
1924. Nijinska enchaîne les succès modernistes en transposant la société contemporaine sur scène. Elle crée Les Biches sur une musique de Francis Poulenc, avec des décors de Marie Laurencin, une satire subtile de la bourgeoisie des Années folles abordant l’émancipation féminine et l’ambiguïté des genres. La même année, elle chorégraphie Le Train bleu (sur un livret de Jean Cocteau, avec des costumes de Coco Chanel et un rideau de Pablo Picasso) et Les Fâcheux, où elle n’hésite pas à interpréter elle-même un rôle masculin.
1928. Elle collabore avec Ida Rubinstein et chorégraphie la toute première version du Boléro de Maurice Ravel, où une soliste danse sur une table entourée d’un groupe d’hommes hypnotisés.
1932. Elle fonde sa propre compagnie, le Théâtre Chorégraphique, avec laquelle elle tourne en Europe, avant de diriger le Ballet Polonais à Varsovie. En 1939, face à la menace d’un nouveau conflit mondial, elle s’exile définitivement aux États-Unis et s’établit à Los Angeles. Elle y ouvre un studio réputé et travaille comme chorégraphe invitée pour de grandes institutions comme le Ballet Theatre ou le Hollywood Bowl.
1952. Elle collabore activement en Europe avec le Ballet du marquis de Cuevas, transmettant sa science du rythme à la ballerine Rosella Hightower, pour qui elle crée Rondo Capricioso. Dans les années 1960, le chorégraphe britannique Frederick Ashton l’invite à remonter Les Biches pour le Royal Ballet de Londres, permettant une redécouverte historique de son œuvre.
1972. Bronislava Nijinska s’éteint le 21 février à Pacific Palisades, laissant derrière elle un héritage immense composé de plus de soixante-dix ballets et des mémoires précieuses sur l’âge d’or de la modernité chorégraphique.
Répertoire
En tant qu’interprète (rôles principaux)
- Le Carnaval (Michel Fokine) : Papillon (création, 1910)
- Schéhérazade (Michel Fokine)
- Petrouchka (Michel Fokine) : La Danseuse de rue (1911)
- Les Fâcheux (Bronislava Nijinska) : Un rôle masculin (1924)
- Les Biches (Bronislava Nijinska) : L’Hôtesse (1924)
En tant que chorégraphe (œuvres majeures)
- Feuilles d’automne (1915)
- Le Renard (1922) – Musique d’Igor Stravinsky
- Les Noces (1923) – Musique d’Igor Stravinsky
- Les Biches (1924) – Musique de Francis Poulenc
- Le Train bleu (1924) – Musique de Darius Milhaud
- Les Fâcheux (1924) – Musique de Georges Auric
- Boléro (1928) – Musique de Maurice Ravel
- La Belle Hélène (1931) – Mise en scène de Max Reinhardt
- Rondo Capricioso (1952) – Pour le Ballet du marquis de Cuevas
Prix, distinctions et récompenses
- 1994 : Intronisation posthume au Mr. & Mrs. Cornelius Vanderbilt Whitney Hall of Fame du National Museum of Dance (États-Unis).
Vie privée
Bronislava Nijinska est la fille des danseurs polonais Tomasz Niżyński et Eleonora Bereda. Elle est la sœur cadette du danseur et chorégraphe de génie Vaslav Nijinski (1889–1950) et de Stanislav Nijinski. Elle a été mariée en premières noces au danseur Alexandre Kochetovsky, puis au danseur Nicholas Singaevsky. Elle est la mère de deux enfants, dont Irina Nijinska, qui a activement œuvré à la préservation et à la transmission du répertoire chorégraphique de sa mère.
FAQ
Quel est le lien de parenté entre Bronislava Nijinska et Vaslav Nijinski ?
Bronislava Nijinska est la sœur cadette du célèbre danseur et chorégraphe Vaslav Nijinski. Elle a partagé sa formation à Saint-Pétersbourg et l’a assisté dans l’élaboration de ses chefs-d’œuvre pour les Ballets russes.
Quel est le ballet le plus célèbre de Bronislava Nijinska ?
Son chef-d’œuvre absolu est Les Noces, créé en 1923 sur une musique d’Igor Stravinsky. Ce ballet, qui met en scène un rite de mariage paysan russe, est reconnu pour sa rigueur géométrique, son ancrage au sol et sa modernité radicale.
Comment Bronislava Nijinska a-t-elle marqué l’histoire de la danse ?
Première et unique femme chorégraphe des Ballets russes de Diaghilev, elle a introduit des formes abstraites, une complexité rythmique inédite et a bousculé les codes du genre en attribuant des rôles masculins à des femmes et en explorant des thématiques contemporaines.
Fiche d'identité
- Nom : Bronislava Nijinska
- Nationalité : Polonaise, Russe
- Née à Minsk
- Date de naissance : 08 janvier 1891
- Date de décès : 21 février 1972
- Fonctions : Chorégraphe, Danseuse, Maîtresse de ballet, Professeure
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