Vaslav Nijinski, danseur et chorégraphe russe d'origine polonaise, est une figure emblématique de la danse du début du XXe siècle. Né le 12 mars 1889 à Kiev, il est reconnu pour sa virtuosité exceptionnelle, ses sauts légendaires et ses chorégraphies révolutionnaires qui ont marqué l'histoire des Ballets russes et de la danse moderne. Son parcours fulgurant est malheureusement interrompu par une maladie mentale qui le contraint à se retirer de la scène à l'âge de 30 ans.
Biographie
1889 : Vaslav Nijinski naît à Kiev, alors dans l’Empire russe, de parents danseurs polonais, Tomasz Niżyński et Eleonora Bereda. Il est baptisé le 12 décembre à Varsovie. Dès son plus jeune âge, il est initié à la danse et montre des prédispositions remarquables.
1890 : Sa sœur cadette, Bronislava Nijinska, qui deviendra également une danseuse et chorégraphe de renom, voit le jour.
1894 : À l’âge de quatre ans, Vaslav se produit pour la première fois en public avec son frère Stanislav, dansant le hopak, une danse ukrainienne.
1897 : Son père, Tomasz, abandonne la famille pour une autre danseuse. Sa mère, Eleonora, s’installe à Saint-Pétersbourg avec ses trois enfants.
1898 : Vaslav est admis à l’École impériale du ballet de Saint-Pétersbourg, où il bénéficie d’une bourse d’étude Charles Didelot à partir de 1900. Il y suit les enseignements de maîtres tels que Sergei Legat, Pavel Gerdt et Mikhaïl Obukhov. Malgré des difficultés scolaires dans les matières générales et des problèmes de comportement social, sa virtuosité et ses sauts sont rapidement remarqués.
1905 : Alors qu’il est encore élève, il fait ses débuts sur scène dans le rôle d’un faune dans le ballet Acis et Galatée de Michel Fokine, au Théâtre Mariinsky. Sa performance est saluée par la critique.
1907 : Diplômé de l’École impériale du ballet, il est directement promu coryphée au sein du Ballet du Théâtre Mariinsky, sans passer par le rang de quadrille. Il y crée le rôle du Pavillon d’Armide de Fokine avec Anna Pavlova et devient le partenaire de la prima ballerina assoluta Mathilde Kschessinska. Il perfectionne sa technique auprès d’Enrico Cecchetti.
1908 : Il rencontre l’impresario Serge de Diaghilev, par l’intermédiaire du prince Pavel Lvov, son amant de l’époque. Diaghilev, figure influente du monde de l’art à Saint-Pétersbourg, reconnaît immédiatement le potentiel de Nijinski et devient son amant et son mentor.
1909 : Diaghilev l’intègre aux Ballets russes, sa nouvelle compagnie, pour une série de représentations à Paris. Le public parisien est stupéfait par sa grâce, sa technique et la hauteur de ses sauts. Il est rapidement surnommé le « dieu de la danse » et le « bird-man ». Il danse notamment dans Cléopâtre de Fokine.
1910 : Ses performances dans l’Arlequin du Carnaval, l’Esclave doré de Shéhérazade et Kobold dans Les Orientales, ainsi que son interprétation poétique du Prince dans Giselle, confirment sa renommée internationale.
1911 : Un scandale éclate au Théâtre Mariinsky lorsqu’il danse le rôle du prince Albrecht dans Giselle vêtu d’un justaucorps moulant sans les tonnelets traditionnels, jugé indécent par l’impératrice douairière. Il est licencié du Mariinsky. Diaghilev lui offre alors un contrat permanent avec les Ballets russes, qu’il ne quittera plus. Il danse dans Petrouchka et Le Spectre de la rose de Fokine, des rôles qui le font entrer dans la légende.
1912 : Diaghilev lui confie sa première chorégraphie, L’Après-midi d’un faune, sur la musique de Claude Debussy. Cette œuvre, qui rompt avec les conventions classiques par ses mouvements anguleux, son érotisme suggéré et son absence de virtuosité traditionnelle, provoque un immense scandale mais marque le début de la danse moderne. Il danse également dans Le Dieu bleu et Daphnis et Chloé de Fokine.
« Je suis persuadé que tous les lecteurs du Figaro qui étaient hier au Châtelet m’approuvent si je proteste contre l’exhibition trop spéciale qu’on prétendait nous servir comme une production profonde, parfumée d’art précieux et d’harmonieuse poésie. Ceux qui nous parlent d’art et de poésie à propos de ce spectacle se moquent de nous. Ce n’est ni une églogue gracieuse ni une production profonde. Nous avons eu un faune inconvenant avec de vils mouvements de bestialité érotique et des gestes de lourde impudeur. »
Gaston Calmette, Le Figaro, 30 mai 1912
1913 : Il chorégraphie Jeux et surtout Le Sacre du printemps sur la musique d’Igor Stravinsky. La première du Sacre au Théâtre des Champs-Élysées est un scandale retentissant, provoquant des altercations dans le public. La chorégraphie, avec ses pieds rentrés et ses mouvements primitifs, est perçue comme une rupture radicale. Durant une tournée en Amérique du Sud, il épouse la danseuse hongroise Romola de Pulszky. Diaghilev, jaloux, le congédie des Ballets russes.
1914 : Sa première fille, Kyra, naît à Vienne. La Première Guerre mondiale éclate, et Nijinski, en tant que citoyen russe, est assigné à résidence en Hongrie.
1916 : Diaghilev, sous la pression de l’impresario américain des Ballets russes, arrange sa libération pour qu’il participe à la tournée en Amérique du Nord. Nijinski chorégraphie Till l’Espiègle sur la musique de Richard Strauss, créé à New York. Durant cette période, les premiers signes de troubles mentaux apparaissent.
1917 : Il participe à une nouvelle tournée des Ballets russes en Amérique du Sud, où il est victime de plusieurs incidents troublants sur scène, qui l’ébranlent nerveusement. Il rencontre Charlie Chaplin à Los Angeles.
1918 : Il s’installe à Saint-Moritz en Suisse avec sa famille et commence à écrire ses célèbres Cahiers, un journal intime où il exprime sa détresse psychologique et ses hallucinations. Il y développe également un système de notation de la danse pour son usage personnel.
1919 : Le 19 janvier, il donne sa dernière représentation publique lors d’une soirée de charité à Saint-Moritz, improvisant une « danse de la vie contre la mort » qui choque le public. Peu après, il est diagnostiqué schizophrène par le psychiatre Eugen Bleuler et est interné. Il ne dansera plus jamais.
« Toute la soirée j’ai senti Dieu. Il m’aimait. Je l’aimais. Nous étions mariés. »
Vaslav Nijinski, Cahiers
1920 : Sa deuxième fille, Tamara, naît.
1922–1929 : Il effectue plusieurs séjours à Londres et Paris, assistant parfois, de manière absente, à des représentations des Ballets russes.
1939 : Lors d’une visite de Serge Lifar, il semble réagir à la musique du Spectre de la rose, un moment immortalisé par le photographe Jean Manzon.
1945 : Pour fuir les nazis, la famille Nijinski quitte la Suisse pour la Hongrie, puis l’Autriche, avant de s’installer à Londres.
1950 : Vaslav Nijinski s’éteint à Londres le 8 avril, à l’âge de 61 ans, après plus de trente ans passés en institutions psychiatriques. Il est initialement inhumé au cimetière de St. Marylebone.
1953 : Sa dépouille est transférée au cimetière de Montmartre à Paris, où sa tombe est ornée d’une statue le représentant dans le rôle de Pétrouchka, réalisée par Oleg Abaziev.
Aujourd’hui : Vaslav Nijinski reste une source d’inspiration majeure pour les chorégraphes et les danseurs. Ses œuvres sont régulièrement reconstituées et interprétées, et son mythe continue de fasciner le monde de la danse. Le prix Nijinski, créé en son honneur, récompense des personnalités de la danse.
Répertoire
Rôles principaux
- Acis et Galatée (Michel Fokine, 1905) : Le Faune
- Le Pavillon d’Armide (Michel Fokine, 1907)
- Cléopâtre (Michel Fokine, 1909)
- Shéhérazade (Michel Fokine, 1910) : L’Esclave doré
- Carnaval (Michel Fokine, 1910) : Arlequin
- Giselle (Michel Fokine, 1910) : Albrecht
- Petrouchka (Michel Fokine, 1911) : Petrouchka
- Le Spectre de la rose (Michel Fokine, 1911) : Le Spectre
- Le Dieu bleu (Michel Fokine, 1912)
- Daphnis et Chloé (Michel Fokine, 1912)
Chorégraphies
- L’Après-midi d’un faune (1912), musique de Claude Debussy
- Jeux (1913), musique de Claude Debussy
- Le Sacre du printemps (1913), musique d’Igor Stravinsky
- Till l’Espiègle (1916), musique de Richard Strauss
Prix, distinctions et récompenses
- Prix Nijinski (créé en son honneur)
Vie privée
Vaslav Nijinski est le fils des danseurs polonais Tomasz Niżyński et Eleonora Bereda. Il est le frère de Stanislav, décédé jeune après avoir été diagnostiqué schizophrène, et de Bronislava Nijinska, danseuse et chorégraphe de renom. En 1913, il épouse la danseuse hongroise Romola de Pulszky. Ensemble, ils ont deux filles : Kyra Nijinski, née en 1914, et Tamara Nijinski, née en 1920.
FAQ
Qui était Vaslav Nijinski ?
Vaslav Nijinski était un danseur et chorégraphe russe d’origine polonaise, considéré comme l’un des plus grands danseurs du XXe siècle. Il est célèbre pour sa virtuosité, ses sauts phénoménaux et ses chorégraphies révolutionnaires pour les Ballets russes, notamment ‘L’Après-midi d’un faune’ et ‘Le Sacre du printemps’.
Quelles sont les œuvres chorégraphiques majeures de Vaslav Nijinski ?
Vaslav Nijinski a chorégraphié plusieurs ballets marquants, dont ‘L’Après-midi d’un faune’ (1912), ‘Jeux’ (1913), ‘Le Sacre du printemps’ (1913) et ‘Till l’Espiègle’ (1916). Ces œuvres ont souvent provoqué des scandales par leur modernité et leur rupture avec les conventions de la danse classique.
Quel rôle Serge de Diaghilev a-t-il joué dans la carrière de Nijinski ?
Serge de Diaghilev, impresario des Ballets russes, a découvert et propulsé Vaslav Nijinski au rang de star internationale. Il fut son amant et son mentor, lui offrant des rôles majeurs et le soutenant dans ses premières chorégraphies, avant que leur relation ne se dégrade suite au mariage de Nijinski.
Qu’est-il arrivé à Vaslav Nijinski après sa carrière de danseur ?
Après sa dernière représentation publique en 1919, Vaslav Nijinski a été diagnostiqué schizophrène. Il a passé le reste de sa vie, soit une trentaine d’années, en institutions psychiatriques, sans jamais plus danser. Ses ‘Cahiers’, écrits durant cette période, témoignent de sa détresse psychologique.
Pourquoi Nijinski est-il considéré comme une figure mythique de la danse ?
Nijinski est devenu une figure mythique en raison de sa virtuosité inégalée, de ses chorégraphies avant-gardistes qui ont bousculé les codes de la danse classique, et de son destin tragique marqué par la folie. Son influence perdure à travers les hommages et les reconstitutions de ses œuvres.
Fiche d'identité
- Nom : Vaslav Nijinski
- Nationalité : Polonais
- Né à Kiev
- Date de naissance : 12 mars 1889
- Date de décès : 08 avril 1950
- Fonctions : Danseur, Chorégraphe
- Niveau atteint : Etoile
- Distinction obtenue : Danseur étoile
- Compagnie associée : Le Ballet du Mariinsky
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