Michel Fokine (Mikhaïl Mikhaïlovitch Fokine) est un danseur, chorégraphe et théoricien de la danse d'origine russe, naturalisé américain. Formé à l'École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg, il s'impose comme le premier grand chorégraphe des Ballets russes de Serge de Diaghilev. Considéré comme le père du ballet moderne et le pionnier du style néoclassique, il a libéré la danse académique de ses conventions rigides pour en faire un art expressif, dramatique et total, unifiant intimement le mouvement, la musique et les arts plastiques.
Biographie
Michel Fokine naît le 26 avril 1880 (11 avril selon le calendrier julien alors en vigueur) à Saint-Pétersbourg au sein d’une famille de la classe moyenne aisée. Si son père, un marchand prospère, s’oppose initialement à une carrière artistique, sa mère, passionnée de théâtre, l’inscrit secrètement au concours d’entrée de l’École impériale de ballet en 1889. Admis immédiatement à l’âge de neuf ans, il y étudie auprès de maîtres illustres tels que Platon Karsavine, Pavel Gerdt et Nicolas Legat. Parallèlement à la danse, le jeune Fokine se passionne pour la musique, apprenant le violon, le piano, la mandoline et la balalaïka, et se distingue par un réel talent pour la peinture.
En 1898, le jour de ses dix-huit ans, il fait ses débuts officiels sur la scène du Théâtre Mariinsky dans Le Talisman sous la direction de Marius Petipa. Ses qualités techniques et sa grâce expressive lui permettent d’être engagé directement comme soliste, un privilège rare qui lui évite de passer par le corps de ballet. Il devient rapidement le partenaire privilégié de la légendaire Anna Pavlova.
En 1902, déçu par la rigidité et le manque de cohérence dramatique des ballets traditionnels de l’époque, il accepte un poste d’enseignant à l’École impériale. Cette fonction lui offre un laboratoire idéal pour expérimenter ses théories de réforme. En 1904, il rédige un manifeste qu’il adresse à la direction des Théâtres impériaux, formulant ses cinq célèbres principes pour un ballet moderne :
- Créer pour chaque œuvre une forme de mouvement inédite, en parfaite adéquation avec le sujet et l’époque de la musique, plutôt que d’enchaîner des combinaisons de pas préexistantes.
- Donner au mouvement et à la pantomime un sens uniquement dramatique, au service de l’action.
- Remplacer la gestuelle artificielle des mains par l’expressivité du corps tout entier.
- Utiliser le corps de ballet non comme un simple ornement symétrique, mais comme un groupe expressif et dynamique.
- Allier la danse sur un pied d’égalité avec la musique et les arts plastiques, en rejetant les tutus standardisés et les partitions purement utilitaires.
En 1905, il épouse la danseuse Vera Antonova, qui devient sa muse, sa partenaire de scène et sa plus proche collaboratrice artistique tout au long de sa vie. Cette même année, il crée pour Anna Pavlova le solo légendaire La Mort du cygne sur la musique de Camille Saint-Saëns, une œuvre révolutionnaire qui symbolise la lutte de la vie contre la mort à travers l’engagement du corps entier.
En 1909, sa rencontre avec l’impresario Serge de Diaghilev, facilitée par le peintre Alexandre Benois, marque un tournant historique. Diaghilev l’engage comme chorégraphe principal pour la première saison des Ballets russes à Paris. Au Théâtre du Châtelet, le public parisien est subjugué par la nouveauté de ses créations : Le Pavillon d’Armide, les trépidantes Danses polovtsiennes (extraites du Prince Igor de Borodine) et Les Sylphides (version révisée de sa Chopiniana de 1907), premier ballet entièrement abstrait et sans argument de l’histoire de la danse.
En 1910 et 1911, Fokine enchaîne les triomphes avec Schéhérazade, Carnaval, Le Spectre de la rose et ses deux collaborations majeures avec le compositeur Igor Stravinsky : L’Oiseau de feu et Petrouchka. Ce dernier ballet, incarné de façon bouleversante par Vaslav Nijinsky, applique les principes de vérité dramatique et d’intériorité psychologique inspirés du système théâtral de Constantin Stanislavski.
En 1912, la création de Daphnis et Chloé sur la musique de Maurice Ravel cristallise les tensions entre Fokine et Diaghilev. Estimant que l’impresario sabote son travail pour mettre en valeur les débuts chorégraphiques de son favori Vaslav Nijinsky (avec L’Après-midi d’un faune), Fokine démissionne avec fracas des Ballets russes et retourne en Russie.
En 1914, Diaghilev parvient à le convaincre de revenir pour une ultime saison au cours de laquelle il règle notamment Le Coq d’or et La Légende de Joseph. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale surprend la famille Fokine en Europe ; après un périple par l’Espagne où il étudie passionnément les danses folkloriques locales, il parvient à regagner la Russie.
En 1918, fuyant la tourmente de la Révolution russe, il quitte définitivement sa patrie. Il travaille un temps en Scandinavie, notamment à Stockholm et à Copenhague où il enseigne au Ballet royal danois, formant le jeune Jean Börlin. En 1921, il ouvre une école de danse à New York et s’établit définitivement aux États-Unis en 1923, y fondant sa propre compagnie.
Durant l’entre-deux-guerres, il effectue de fréquents séjours en Europe. Il collabore avec Ida Rubinstein à Paris, règle des œuvres pour les Ballets de Monte-Carlo de René Blum (dont L’Épreuve d’amour en 1936) et pour les Ballets russes du colonel de Basil (Paganini en 1939). Ses dernières années sont consacrées à la transmission de son répertoire auprès de l’American Ballet Theatre.
Michel Fokine s’éteint le 22 août 1942 à New York à l’âge de 62 ans, des suites d’une pneumonie contractée alors qu’il remontait Petrouchka à Mexico. Il laisse inachevé son dernier ballet comique, Helen of Troy, qui sera complété par David Lichine.
Dans une interview accordée au critique Arnold Haskell en 1934, Fokine résumait ainsi sa quête de vérité artistique :
« J’ai senti dès le début que, peu importe à quel point l’art de la danse peut sembler obscur, fantastique et irréel, il doit, pour avoir la moindre valeur, trouver sa vérité dans la vie. C’était mon premier élan. »
Michel Fokine, 1934
Répertoire
Créations majeures
- 1905 : La Mort du cygne (Musique : Camille Saint-Saëns)
- 1907 : Le Pavillon d’Armide (Musique : Nikolaï Tcherepnine)
- 1909 : Les Danses polovtsiennes du Prince Igor (Musique : Alexandre Borodine)
- 1909 : Les Sylphides / Chopiniana (Musique : Frédéric Chopin)
- 1910 : Carnaval (Musique : Robert Schumann)
- 1910 : Schéhérazade (Musique : Nikolaï Rimski-Korsakov)
- 1910 : L’Oiseau de feu (Musique : Igor Stravinsky)
- 1911 : Le Spectre de la rose (Musique : Carl Maria von Weber)
- 1911 : Petrouchka (Musique : Igor Stravinsky)
- 1912 : Le Dieu bleu (Musique : Reynaldo Hahn)
- 1912 : Thamar (Musique : Mily Balakirev)
- 1912 : Daphnis et Chloé (Musique : Maurice Ravel)
- 1914 : Le Coq d’or (Musique : Nikolaï Rimski-Korsakov)
- 1914 : La Légende de Joseph (Musique : Richard Strauss)
- 1924 : Les Elfes (Musique : Felix Mendelssohn)
- 1936 : L’Épreuve d’amour (Musique : Wolfgang Amadeus Mozart)
- 1936 : Don Juan (Musique : Christoph Willibald Gluck)
- 1939 : Paganini (Musique : Sergueï Rachmaninov)
- 1942 : Russian Soldier (Musique : Sergueï Prokofiev)
Prix, distinctions et récompenses
- Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques (France)
Vie privée
Michel Fokine est le fils de Michel Fokine, un commerçant russe aisé, et d’Ekaterina Kind, d’origine allemande, qui lui a transmis son amour du théâtre. En 1905, il épouse la danseuse Vera Antonova (Vera Fokina), qui sera sa partenaire de scène et sa collaboratrice artistique la plus exigeante. De leur union naît un fils, Vitale Fokine (père d’Isabelle Fokine et grand-père de Nicholas Fokine, qui veillent aujourd’hui à la préservation et à la transmission de l’héritage chorégraphique de la Succession Fokine).
FAQ
Quels sont les ballets les plus célèbres de Michel Fokine ?
Michel Fokine a chorégraphié des chefs-d’œuvre absolus de l’histoire de la danse, parmi lesquels La Mort du cygne (1905), Les Sylphides (1909), L’Oiseau de feu (1910), Schéhérazade (1910), Le Spectre de la rose (1911) et Petrouchka (1911).
Quels sont les grands principes de la réforme de la danse de Michel Fokine ?
Michel Fokine a théorisé cinq grands principes visant à unifier la danse, la musique et les arts plastiques. Il a banni la pantomime artificielle au profit d’une expressivité du corps entier, refusé les prouesses techniques gratuites et exigé que les costumes et décors respectent scrupuleusement l’époque et le sujet du ballet.
Quelle a été la relation entre Michel Fokine et Serge de Diaghilev ?
Michel Fokine fut le premier chorégraphe attitré des Ballets russes de Serge de Diaghilev de 1909 à 1912. Leur relation s’est détériorée lorsque Diaghilev a commencé à promouvoir Vaslav Nijinsky comme chorégraphe, poussant Fokine à démissionner, bien qu’il soit revenu brièvement pour la saison 1914.
Fiche d'identité
- Nom : Michel Fokine
- Nationalité : Russe, Américaine
- Né à Saint-Pétersbourg
- Date de naissance : 26 avril 1880
- Date de décès : 22 août 1942
- Fonctions : Chorégraphe, Danseur, Maître de ballet, Professeur
- Niveau atteint : Etoile
- École suivie ou associée : Académie de Ballet Vaganova
- Compagnies associées : Le Ballet du Mariinsky, American Ballet Theatre (ABT)
💡 Explorez l'histoire de la danse jusqu'à aujourd'hui à travers notre guide, une ressource précieuse pour comprendre l'évolution de la danse à travers les âges..