Serge Lifar
Fiche mise à jour le 23 mai 2026
Serge Lifar est un danseur, chorégraphe et théoricien de la danse d'origine ukrainienne, naturalisé français, qui a profondément marqué le XXe siècle en tant que rénovateur du Ballet de l'Opéra national de Paris. Formé par Bronislava Nijinska puis au sein des Ballets russes de Diaghilev, il devient le premier danseur à recevoir officiellement le titre d'Étoile. Maître de ballet de l'Opéra de Paris durant près de trente ans, il est le père du style néoclassique français. En ce 14 mai 2026, son héritage demeure au cœur de l'actualité chorégraphique avec la reprise prochaine de son chef-d'œuvre Suite en blanc à l'Opéra Bastille en décembre prochain.
Biographie
1905. Serhiy Mykhailovych Lyfar naît à Kiev le 2 avril, au sein d’une famille de fonctionnaires aisés. Enfant sensible, il est fasciné par la nature ukrainienne et les cloches de sa ville natale. Bien qu’il commence la musique au Conservatoire, une blessure à la main le détourne du piano. C’est à 16 ans qu’il découvre sa vocation en poussant la porte du studio de Bronislava Nijinska.
1923. Après une fuite périlleuse de l’Union soviétique, il arrive à Paris en janvier. Serge de Diaghilev, subjugué par sa beauté et son ardeur, l’engage pour ses Ballets russes. Pour parfaire sa technique tardive, Diaghilev l’envoie à Turin étudier auprès du maestro Enrico Cecchetti. Lifar devient rapidement le premier danseur de la compagnie, créant les rôles titres d’Apollon Musagète (1928) et du Fils prodigue (1929) de George Balanchine.
« Le corps de votre petit danseur a des proportions idéales. »
Pablo Picasso à Serge de Diaghilev, vers 1924
1929. À la mort de Diaghilev, Lifar est appelé à l’Opéra de Paris pour chorégraphier Les Créatures de Prométhée. Le succès est tel qu’il est nommé maître de ballet l’année suivante. Il entreprend alors une réforme radicale de l’institution : il impose le silence et l’obscurité dans la salle, interdit l’accès du Foyer de la danse aux abonnés et restaure la primauté du danseur masculin, jusqu’alors simple faire-valoir de la ballerine.
1935. Il publie son Manifeste du chorégraphe et crée Icare, un ballet révolutionnaire conçu uniquement sur des rythmes de percussions. Il y affirme l’indépendance de la danse vis-à-vis de la musique. C’est pour ce rôle qu’il reçoit le titre d’Étoile, une distinction qu’il est le premier homme à porter à l’Opéra.
1940–1944. Durant l’Occupation, Lifar reste à la tête de l’Opéra pour, selon ses dires, sauver l’institution de la mainmise allemande. Cette période reste la plus controversée de sa vie. S’il protège certains artistes juifs comme Jean Babilée, il fréquente les salons mondains où se croisent officiers allemands et collaborateurs. En 1943, il crée Suite en blanc, sommet de son style néoclassique.
1945. À la Libération, il est suspendu par le Comité d’épuration. Il s’exile à Monaco où il dirige le Nouveau Ballet de Monte-Carlo. Blanchi des accusations de trahison, il est réintégré à l’Opéra de Paris en 1947, malgré l’opposition farouche de certains syndicats de machinistes.
1958. Le 30 mars, un événement insolite défraie la chronique : Lifar affronte en duel à l’épée le marquis de Cuevas à la suite d’un différend artistique sur le ballet Noir et Blanc. Lifar est légèrement blessé à l’avant-bras, et les deux hommes se réconcilient sur le pré. Cette même année, il quitte définitivement ses fonctions à l’Opéra.
« Lifar n’était pas un très grand danseur technique au départ, il a commencé à 19 ans. Mais c’est sa beauté et son charisme qui ont fait de lui une légende. »
Claude Bessy, interview pour Danse avec la plume, 2011
1986. Serge Lifar s’éteint à Lausanne le 15 décembre. Il est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois. Sur sa tombe, une inscription simple rappelle ses racines : « Serge Lifar de Kiev ».
Répertoire
Serge Lifar a créé plus de 200 ballets, imposant une esthétique qui mêle la rigueur académique à une liberté de mouvement moderne.
Créations majeures :
- Les Créatures de Prométhée (1929)
- Bacchus et Ariane (1931)
- Icare (1935)
- Le Chevalier et la Damoiselle (1941)
- Joan de Zarissa (1942)
- Suite en blanc (1943)
- Les Mirages (1947)
- Phèdre (1950)
- Les Noces fantastiques (1955)
Rôles d’interprète emblématiques :
- Apollon Musagète (Balanchine)
- Le Fils prodigue (Balanchine)
- Giselle (rôle d’Albrecht, qu’il a contribué à réhabiliter)
- L’Après-midi d’un faune (Nijinski/Lifar)
Prix, distinctions et récompenses
- 1955 : Chausson d’or (pour ses 25 ans à l’Opéra)
- Chevalier de la Légion d’honneur
- Commandeur des Arts et des Lettres
- 2025 : Titre posthume de « Légende nationale d’Ukraine »
Autres activités
Serge Lifar fut un collectionneur compulsif de tout ce qui touchait aux Ballets russes et à Diaghilev. Sa collection, dispersée lors de plusieurs ventes prestigieuses, comprenait des manuscrits de Cocteau, des dessins de Picasso et des correspondances de Chanel. À la fin de sa vie, il s’est également consacré à la peinture, exposant ses œuvres à Cannes et Paris.
Vie privée
Fils de Mykhailo Lifar et Sofia Marchenko, il avait une sœur, Evguenia, et deux frères, Basile et Leonid. Bien qu’ayant eu de nombreuses liaisons masculines et féminines (notamment avec Mary Marquet), il partagea les trente dernières années de sa vie avec Inge Lisa Nymberg, dite la comtesse Lillian Ahlefeldt-Laurvig, qui devint son héritière et créa la Fondation Serge Lifar.
FAQ
Quel est l’apport de Serge Lifar à la technique de la danse classique ?
Serge Lifar est le théoricien du style néoclassique français. Il a enrichi le vocabulaire académique en inventant les sixième et septième positions des pieds et en introduisant des décalages de hanches et des lignes brisées qui ont modernisé la silhouette du danseur.
Pourquoi Serge Lifar a-t-il été suspendu de l’Opéra de Paris en1945?
À la Libération, il a été accusé de collaboration avec l’occupant nazi pour avoir maintenu l’activité de l’Opéra et fréquenté des dignitaires allemands. Bien que le Comité national d’épuration l’ait blanchi des accusations les plus graves, il a subi une suspension professionnelle d’un an avant d’être réintégré en 1947.
Quels sont les ballets les plus célèbres de Serge Lifar ?
Ses œuvres emblématiques incluent Suite en blanc (1943), véritable manifeste du style néoclassique, Icare (1935), créé sur des rythmes de percussion sans musique préalable, ainsi que Les Mirages (1947) et Phèdre (1950).
Fiche d'identité
- Nom : Serge Lifar
- Nationalité : Ukraine
- Né à Kiev
- Date de naissance : 02 avril 1905
- Date de décès : 15 décembre 1986
- Fonctions : Danseur, Chorégraphe, Directeur d'école, Maître de ballet, Professeur
- Niveau atteint : Etoile
- Distinctions obtenues : Chevalier de la Légion d'honneur, Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres
- Compagnie associée : Ballet de l'Opéra national de Paris
- Site officiel :
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