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Jean Babilée

DanseurChorégrapheDirecteur de la danse

Fiche mise à jour le 23 mai 2026

Jean Babilée, né Jean Gutmann le 3 février 1923 à Paris et décédé le 30 janvier 2014 dans la même ville, est un danseur, chorégraphe et acteur français. Formé à l'École de Danse de l'Opéra de Paris, il est devenu une figure emblématique de la danse d'après-guerre, notamment par sa création du rôle-titre dans Le Jeune Homme et la Mort de Roland Petit. Sa carrière, marquée par une énergie singulière et un engagement profond pour l'art et la liberté, l'a mené à se produire sur les plus grandes scènes internationales, à chorégraphier, à diriger le Ballet du Rhin, et à explorer le théâtre et le cinéma.

Biographie

1923 : Jean-René-Albert-William Gutmann naît le 3 février à Paris, dans le 6e arrondissement, au sein d’une famille bourgeoise. Son père, le Dr René Gutmann, est un chirurgien ophtalmologiste et un passionné de ballet.

Enfant nerveux et à la santé fragile, il est victime d’un accident à l’âge de 7 ans qui l’immobilise deux mois. Ses parents, soucieux de sa rééducation, installent un portique de gymnastique dans sa chambre, où il développe un goût pour le mouvement. Il est décrit comme un « enfant-acrobate », capable de marcher sur les mains dans les escaliers ou de sauter de son lit à l’armoire sans toucher le sol.

1935 : Après avoir assisté à une représentation des Sylphides par les Ballets russes de Monte-Carlo, il exprime le désir de danser. Son père lui propose alors d’intégrer l’École de Danse de l’Opéra de Paris, la meilleure, avec la condition que s’il ne se montrait pas prometteur après un an, il devrait arrêter.

1936 : À l’âge de 13 ans, il entre à l’École de Danse de l’Opéra de Paris, où il suit l’enseignement de Gustave Ricaux et Boris Kniasseff. L’expérience est initialement humiliante, se retrouvant avec des garçons ayant plusieurs années d’avance. En réaction, il réalise un équilibre sur les mains sur le rebord d’une fenêtre au septième étage.

1939 : Il rejoint les Ballets de Cannes, marquant le début de sa carrière professionnelle.

1940 : Alors qu’il danse à l’Opéra de Paris, une inscription antisémite sur le miroir de sa loge le pousse à prendre le nom de jeune fille de sa mère, Babilée, comme pseudonyme pour dissimuler ses origines juives. Il fuit Paris avec son ami Roland Petit et s’installe dans le sud de la France, dans la zone libre. Il est engagé par les Ballets de Cannes, dirigés par Marika Besobrasova, où il se voit confier des rôles importants dans Les Sylphides et Le Spectre de la rose. Il est alors salué comme « sensationnel ».

1942 : La zone libre est occupée et le Ballet de Cannes est dissous. Jean Babilée retourne à Paris et, après une audition auprès de Serge Lifar, est admis à l’Opéra de Paris comme second quadrille. Il prend également des cours particuliers avec Victor Gsovsky. Il échappe de peu à la rafle du Vélodrome d’Hiver.

1943 : Début 1943, il reçoit une convocation pour le Service du travail obligatoire (STO). Le directeur de l’Opéra, Marcel Samuel-Rousseau, refuse de lui délivrer un certificat de contrat et lui conseille de partir en Allemagne. Jean Babilée quitte alors Paris et rejoint un maquis en Touraine, s’engageant dans la Résistance. Il y passe trois ans, devenant un tireur d’élite.

1944 : À la Libération de Paris en août, il rentre dans la capitale, forçant un véhicule à le prendre en stop sous la menace d’une arme. Il danse avec Nathalie Philippart un pas de deux, Sérénité, sa première chorégraphie, qu’il avait composée avant de fuir Paris.

1945 : Il intègre les Ballets des Champs-Élysées, compagnie nouvellement fondée par Roland Petit et Janine Charrat. Il y crée Jeu de cartes, chorégraphié par Janine Charrat. Il est alors considéré comme l’un des plus grands danseurs de sa génération.

1946 : Il entre dans la légende en créant le rôle-titre du ballet Le Jeune Homme et la Mort, chorégraphié par Roland Petit sur un livret de Jean Cocteau, aux côtés de Nathalie Philippart. Ce rôle, qu’il interprétera plus de 200 fois, devient sa signature. Colette le surnomme alors « le garçon qui vole ».

« Le jeune homme, c’était moi. Tout était d’une extrême facilité. J’avais un corps qui faisait exactement tout ce que je désirais, une énergie qui obéissait à mes envies et la musique. C’était ma vie que je dansais. »

Jean Babilée, France Musique

Il épouse Nathalie Philippart, avec qui il aura une fille, Isabelle.

1947–1953 : Il est danseur étoile à l’Opéra de Paris.

1948 : Il chorégraphie L’Amour et son amour et Divertimento.

1949 : Il quitte les Ballets des Champs-Élysées et chorégraphie Till Eulenspiegels (ou Till l’Espiègle).

1952 : Il retourne à l’Opéra de Paris, où il est rapidement nommé danseur étoile. Il y reste neuf mois, trouvant le répertoire trop contraignant.

1953 : Il quitte l’Opéra de Paris pour poursuivre une carrière internationale, se produisant notamment à la Scala de Milan.

1955 : Il chorégraphie Balance à trois et Sables. Il fonde sa propre compagnie, Les Ballets Jean Babilée, qu’il dirige jusqu’en 1959.

1956 : Il chorégraphie Le Caméléopard. À la Scala de Milan, il collabore avec Luchino Visconti et Léonide Massine pour le ballet Mario e il mago, inspiré d’une nouvelle de Thomas Mann. C’est à cette époque qu’il décide de ne plus se maquiller sur scène, une rupture avec les conventions de l’époque.

1959 : Il fait ses débuts au théâtre dans La Descente d’Orphée de Tennessee Williams, mis en scène par Raymond Rouleau, aux côtés d’Arletty.

1960 : Il joue dans Le Balcon de Jean Genet, mis en scène par Peter Brook, avec Roger Blin.

1961 : Il apparaît au cinéma dans Pleins Feux sur l’assassin de Georges Franju et Amélie ou le Temps d’aimer de Michel Drach.

1963 : Il participe à La Reine verte de Maurice Béjart, un spectacle mêlant danse et théâtre, avec Maria Casarès.

1969 : Il met en scène la pièce Charlie de Donald Driver.

1971 : Il danse dans L’Histoire du soldat de Stravinski, mis en scène par Jean-Marie Simon.

1972 : Il est nommé directeur artistique du Ballet du Rhin, poste qu’il occupe pendant une saison.

1973 : Il crée Le Temps partagé pour l’ORTF, un ballet dont la chorégraphie et la musique sont calculées par ordinateur par Pierre Barbaud.

1976 : Il joue dans le film Duelle de Jacques Rivette.

1979 : Maurice Béjart crée pour lui le ballet Life, qu’il interprète jusqu’en 1985. Ce duo entre les deux artistes laisse une empreinte durable. À l’issue d’une représentation, Mikhaïl Barychnikov, admiratif, lui demande de lui transmettre Le Jeune Homme et la Mort.

1983 : Il reprend son rôle fétiche dans Le Jeune Homme et la Mort au Théâtre du Châtelet, à l’âge de 60 ans, après cinq mois d’entraînement intensif pour retrouver la forme d’un athlète de 30 ans. Il l’interprète pour la 200e fois.

1987 : Il retrouve Janine Charrat pour le spectacle Inventaire d’Alain Germain au Centre Georges-Pompidou.

1992 : Le documentaire Babilée 91 de William Klein lui est consacré.

1995 : Sa sœur, Sarah Clair, publie une biographie intitulée Jean Babilée ou la Danse buissonnière. Il participe à la série radiophonique L’Envol sur France Culture.

2000 : Il se remarie avec Zapo (Apolline Marion), danseuse, chorégraphe et cinéaste, sa compagne depuis 1981. Il adopte officiellement le nom de Babilée. Le documentaire Le Mystère Babilée de Patrick Bensard est réalisé.

2001 : Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur pour ses 57 ans d’activités artistiques.

2003 : Il fait sa dernière apparition sur scène à l’âge de 80 ans dans le spectacle Il n’y a plus de firmament du chorégraphe Josef Nadj, mettant fin à une carrière d’une exceptionnelle longévité.

2013 : Il est promu Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres le 17 janvier.

2014 : Jean Babilée s’éteint le 30 janvier à Paris, à l’âge de 90 ans. Sa compagne Zapo Babilée annonce la nouvelle sur les réseaux sociaux :

« Jean Babilée est parti ce matin, léger et élégant comme il l’a toujours été. »

Zapo Babilée, via les réseaux sociaux

Il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise le 4 février.

Répertoire

En tant qu’interprète

  • Le Spectre de la rose, chorégraphie de Michel Fokine
  • 1945 : Jeu de cartes, chorégraphie de Janine Charrat (création)
  • 1946 : Le Jeune Homme et la Mort, chorégraphie de Roland Petit (création)
  • La Rencontre ou Œdipe et le Sphinx, chorégraphie de David Lichine (création)
  • Le Portrait de Don Quichotte, chorégraphie d’Aurél Milloss (création)
  • Mistère d’Aurél Milloss (création)
  • Giselle, chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot
  • 1956 : Mario e il mago, chorégraphie de Léonide Massine, mise en scène de Luchino Visconti
  • 1979–1985 : Life, chorégraphie de Maurice Béjart
  • 1989 : L et eux… la nuit, chorégraphie de François Verret
  • 1993 : La Vie, c’est contagieux d’Editta Braun
  • 2003 : Il n’y a plus de firmament, chorégraphie de Josef Nadj

En tant que chorégraphe

  • 1948 : L’Amour et son amour, musique de César Franck
  • 1948 : Divertimento, musique de Jean-Michel Damase
  • 1949 : Till Eulenspiegels, musique de Richard Strauss
  • 1955 : Balance à trois, musique de Jean-Michel Damase
  • 1955 : Sables, musique de Maurice Le Roux
  • 1956 : Le Caméléopard, musique d’Henri Sauguet

Prix, distinctions et récompenses

  • 2001 : Chevalier de la Légion d’honneur
  • Officier de l’ordre national du Mérite
  • 2013 : Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres

Autres activités

Théâtre

  • 1959 : La Descente d’Orphée de Tennessee Williams, mise en scène Raymond Rouleau
  • 1960 : Le Balcon de Jean Genet, mise en scène Peter Brook
  • 1963 : La Reine verte de Maurice Béjart, musique Pierre Henri
  • 1969 : Charlie de Donald Driver, mise en scène Jean Babilée
  • 1971 : Histoire du soldat de Charles-Ferdinand Ramuz, mise en scène Jean-Marie Simon
  • 1986 : La Tour de Babel, détails d’après Patricia Buzzi, mise en scène Georges Aperghis
  • 1987 : Inventaire d’Alain Germain
  • 1997 : Simple suicide de Jean-Gabriel Nordmann, mise en scène Marie Tikova
  • 2003 : Il n’y a plus de firmament, mise en scène et chorégraphie Josef Nadj

Filmographie

Cinéma

  • 1952 : Le Poignard, court-métrage de Jean Benoît-Lévy
  • 1953 : Le Métier de danseur, court-métrage de Jacques Baratier
  • 1954 : La Femme et le fauve, court-métrage de Jacques Asséo et André Sarrut
  • 1958 : Auditorium, court métrage de Michel Drach
  • 1960 : Les Loups dans la bergerie de Hervé Bromberger
  • 1961 : Pleins Feux sur l’assassin de Georges Franju
  • 1961 : Amélie ou le Temps d’aimer de Michel Drach
  • 1963 : Dragées au poivre de Jacques Baratier
  • 1967 : Le Fratricide, court métrage de Charles Belmont
  • 1976 : Duelle de Jacques Rivette

Télévision

  • 1967 : Le Golem, téléfilm de Jean Kerchbron
  • 1971 : Demain, la fin du Monde, téléfilm de Michel Polac
  • 1973 : La Ligne d’ombre de Georges Franju
  • 1977 : Jean et Thérèse, ballet-divertissement d’Aimée Mortimer, mis en scène par Dirk Sanders

Documentaires

  • 1992 : Babilée 91 de William Klein
  • 2000 : Le Mystère Babilée de Patrick Bensard

Vie privée

Jean Babilée est le fils du Dr René Gutmann et de Germaine Babilée. Sa sœur, Sarah Clair, est médecin et a écrit sa biographie.

Il a été marié une première fois à la danseuse Nathalie Philippart, avec qui il a eu une fille, Isabelle, également danseuse.

En 2000, il épouse Zapo (Apolline Marion), danseuse, chorégraphe et cinéaste, sa compagne depuis 1981.

Grand amateur de moto, Jean Babilée a continué à pratiquer cette passion jusqu’à l’âge de 85 ans, parcourant de longues distances, parfois avec son chat en passager. Il a notamment réalisé le trajet Milan-Paris de nuit à toute vitesse sur une 1000 Vincent Black Shadow pour honorer un engagement. Il vivait dans l’immeuble au-dessus du Café de Flore à Paris.

FAQ

Qui était Jean Babilée ?

Jean Babilée, de son vrai nom Jean Gutmann, était un danseur, chorégraphe et acteur français. Il est devenu une figure emblématique de la danse d’après-guerre, notamment grâce à son interprétation du rôle-titre dans « Le Jeune Homme et la Mort » de Roland Petit.

Quel a été le rôle le plus marquant de Jean Babilée ?

Le rôle le plus marquant de Jean Babilée fut celui du Jeune Homme dans le ballet « Le Jeune Homme et la Mort », chorégraphié par Roland Petit sur un livret de Jean Cocteau en 1946. Il a interprété ce rôle plus de 200 fois au cours de sa carrière.

Quelle était la particularité de la danse de Jean Babilée ?

Jean Babilée était réputé pour sa technique athlétique, sa fougue et son charisme brut. Surnommé le « fou dansant » ou « le garçon qui vole » par Colette, il bousculait les codes de la danse classique par son énergie et son approche non conventionnelle, refusant par exemple de se maquiller sur scène.

Jean Babilée a-t-il eu d’autres activités artistiques ?

Oui, en plus de sa carrière de danseur et chorégraphe, Jean Babilée s’est également illustré au théâtre et au cinéma. Il a travaillé avec des personnalités comme Peter Brook, Jean Genet, Luchino Visconti et Georges Franju, et a réalisé des mises en scène.

Quel a été le parcours de Jean Babilée pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Babilée, d’origine juive, a fui Paris et a rejoint un maquis en Touraine, s’engageant dans la Résistance. C’est à cette période qu’il a adopté le nom de sa mère, Babilée, comme pseudonyme pour dissimuler ses origines.

Fiche d'identité

  • Nom : Jean Babilée
  • Nationalité : France
  • Né à Paris (France)
  • Date de naissance : 03 février 1923
  • Date de décès : 30 janvier 2014
  • Fonctions : Danseur, Chorégraphe, Directeur de la danse
  • Distinctions obtenues : Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'Ordre national du Mérite, Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres
  • École suivie ou associée : École de danse du Ballet de l'Opéra National de Paris
  • Compagnies associées : Ballets des Champs-Elysées, Ballet de l'Opéra national de Paris

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