Jean Bercher, dit Jean Dauberval (ou d'Auberval), est un danseur, chorégraphe et maître de ballet français né à Montpellier le 19 août 1742 et mort à Tours le 14 février 1806. Formé à l'École de danse de l'Académie royale de musique à Paris, il s'impose comme l'un des plus brillants interprètes de son temps avant de devenir un chorégraphe révolutionnaire. Disciple direct de Jean-Georges Noverre, il applique et développe la théorie du ballet d'action, délaissant les thèmes mythologiques et aristocratiques pour mettre en scène la vie des gens ordinaires. Son chef-d'œuvre, La Fille mal gardée, créé en 1789, demeure le plus ancien ballet d'action encore représenté sur les scènes internationales.
Biographie
Jean Bercher naît hors mariage à Montpellier le 19 août 1742. Ses parents, très jeunes à sa naissance, ne se marieront que onze ans plus tard. Son père, le comédien Étienne-Dominique Bercher dit Dauberval (1725-1800), l’introduit très tôt au monde du spectacle. Le jeune Jean montre rapidement des dispositions exceptionnelles pour l’art du mouvement et de la scène.
En 1757, à l’âge de quinze ans, il danse à Lyon sous la direction du grand théoricien Jean-Georges Noverre dans La Toilette de Vénus. Cette rencontre est un véritable déclic artistique. En 1759, il trouve un engagement temporaire au Théâtre Royal de Turin comme directeur des ballets et principal danseur, y réglant sa première chorégraphie, Il Trionfo di Bacco in Tracia. Il parfait ensuite sa formation à Paris auprès de Jean-Barthélemy Lany et Gaetano Vestris.
En 1761, il fait ses débuts officiels à l’Académie royale de musique (l’Opéra de Paris) dans le ballet héroïque Zaïs. Reconnu pour sa virtuosité technique et son sens inné de la pantomime, il est nommé premier danseur de demi-caractère en 1763, puis s’élève au rang de premier danseur noble en 1770. Parallèlement, il effectue des séjours à Stuttgart (1762-1763) auprès de Noverre et à Londres au King’s Theatre (1763-1764).
En 1766, Dauberval marque l’histoire de l’Opéra de Paris en interprétant un pas de deux resté célèbre dans Sylvie aux côtés de Marie Allard. Pour la première fois sur cette scène rigide, il ose danser sans masque ni perruque encombrante, privilégiant l’expression naturelle du visage et des émotions. Noverre saluera plus tard cette audace historique :
« C’est ainsi que Dauberval eut le premier le courage de s’opposer aux idées reçues, de vaincre des préjugés de longue date, de triompher des règles désuètes de l’opéra, de détruire les masques, d’adopter un costume plus authentique, et ainsi de révéler son être intérieur en accord avec la Nature. »
Jean-Georges Noverre, Lettres sur les arts imitateurs (1807)
En 1771, il est nommé adjoint au maître de ballet de l’Opéra de Paris. Dix ans plus tard, en 1781, il partage la direction du ballet de l’institution avec Maximilien Gardel. Cependant, les tensions constantes et l’impossibilité de s’entendre avec ce dernier le poussent à démissionner en 1783. Il quitte Paris et épouse le 30 octobre 1783 sa brillante élève, la danseuse Marie-Madeleine Crespé, dite Mademoiselle Théodore.
En 1783, le couple s’installe brièvement à Londres où Dauberval officie comme maître de ballet au King’s Theatre, y créant plusieurs pièces dont Le Déserteur. En 1785, il accepte le poste de maître de ballet au Grand-Théâtre de Bordeaux, une scène moderne dotée d’une machinerie exceptionnelle et soutenue par un public bourgeois friand de nouveautés et de comédies.
En 1789, le 1er juillet, Dauberval y crée son chef-d’œuvre absolu : Le Ballet de la paille ou Il n’est qu’un pas du mal au bien, qui passera à la postérité sous le titre de La Fille mal gardée. Inspiré par une gravure de Pierre-Philippe Choffard d’après une gouache de Pierre-Antoine Baudouin représentant une réprimande villageoise, ce ballet-pantomime met en scène des paysans réels, Lise et Colas, triomphant par la ruse d’un mariage arrangé par la veuve Simone. Mademoiselle Théodore y crée le rôle de Lise. Ce vaudeville pastoral et satirique, créé à quelques jours de la prise de la Bastille, bouscule les codes en remplaçant les dieux antiques par des figures du peuple.
En 1791, fuyant les troubles politiques de la Révolution, Dauberval se rend à Londres au Pantheon Theatre où il présente son répertoire, donnant officiellement pour la première fois le titre de La Fille mal gardée à sa création bordelaise. Il prend sa retraite progressive des scènes après cette période.
En 1796, il effectue un ultime retour comme maître de ballet à Bordeaux. Après le décès de son épouse en 1799 en Gironde, il s’éloigne définitivement de la création mais continue de suivre l’évolution de son art. C’est au cours d’un voyage de retour de Paris qu’il s’éteint subitement à Tours, le 14 février 1806, à l’âge de 63 ans.
Répertoire
En tant qu’interprète (sélection)
- 1761 : Zaïs (Opéra de Paris)
- 1761 : Armide (Opéra de Paris)
- 1762 : Les Indes galantes (Opéra de Paris)
- 1766 : Sylvie (Opéra de Paris) – Pas de deux avec Marie Allard
- 1777 : La Chercheuse d’esprit (Chorégraphie de Maximilien Gardel)
- 1778 : Les Petits Riens (Chorégraphie de Jean-Georges Noverre)
En tant que chorégraphe
- 1759 : Il Trionfo di Bacco in Tracia (Turin)
- 1783 : The Pastimes of Terpsicore (Londres)
- 1783 : Friendship lead to Love (Londres)
- 1784 : Le Réveil du bonheur (Londres)
- 1784 : Pygmalion (Londres)
- 1784 : Le Déserteur, ou La Clémence Royale (Londres)
- 1785 : L’Heureuse rencontre ou la Reine de Golconde (Bordeaux)
- 1787 : Le Page inconstant (d’après Beaumarchais, Bordeaux)
- 1787 : L’Épreuve villageoise (Bordeaux)
- 1788 : Psyché et l’Amour (Bordeaux)
- 1789 : La Fille mal gardée (sous le titre Le Ballet de la paille, Bordeaux)
- 1791 : Amphion et Thalie, ou L’Élève des Muses (Londres)
- 1791 : Telemachus in the Island of Calipso (Londres)
- 1791 : Le Triomphe de la Folie (Londres)
Style et apport artistique
Jean Dauberval est considéré comme le père fondateur du ballet comique et l’un des plus grands artisans du ballet d’action. Convaincu que la danse devait toucher le cœur plutôt que simplement éblouir les yeux, il a théorisé et appliqué une fusion intime entre la technique académique et la pantomime expressive. Il aimait à répéter cette maxime, rapportée plus tard par le théoricien Carlo Blasis :
« Il ne suffit pas de plaire aux yeux ; je veux intéresser le cœur. »
Jean Dauberval
En éliminant les artifices du costume traditionnel (masques, paniers, perruques), il a permis aux interprètes d’utiliser pleinement leur expressivité faciale et corporelle. Son choix d’ancrer ses intrigues dans la vie quotidienne de personnages ordinaires et ruraux, teintés d’humour et de finesse psychologique, a profondément humanisé l’art chorégraphique et ouvert la voie au ballet romantique du XIXe siècle.
Famille et descendance
Jean Dauberval est le fils d’Étienne-Dominique Bercher, dit Dauberval (1725-1800), un comédien de renom de la Comédie-Française. Le 30 octobre 1783, il épouse la célèbre ballerine Marie-Madeleine Crespé, dite Mademoiselle Théodore (1759-1799). Cette dernière, élève de Jean-Barthélemy Lany, s’était illustrée par son tempérament affirmé, son esprit philosophique (elle entretenait une correspondance avec Jean-Jacques Rousseau) et son talent d’actrice-danseuse. Elle fut la première interprète de Lise dans La Fille mal gardée.
FAQ
Quel est le chef-d’œuvre le plus célèbre de Jean Dauberval ?
Le chef-d’œuvre le plus célèbre de Jean Dauberval est sans conteste La Fille mal gardée, créée à l’origine sous le titre Le Ballet de la paille ou Il n’est qu’un pas du mal au bien le 1er juillet 1789 au Grand-Théâtre de Bordeaux. Ce ballet-pantomime champêtre, qui met en scène des personnages ordinaires et une intrigue amoureuse pleine d’humour, est considéré comme le plus ancien ballet du répertoire français encore dansé aujourd’hui.
Qui était l’épouse de Jean Dauberval ?
Jean Dauberval était marié à la célèbre danseuse Marie-Madeleine Crespé, connue sous le nom de scène de Mademoiselle Théodore. Épousée le 30 octobre 1783, elle fut sa muse et la créatrice du rôle principal de Lison (devenue Lise) lors de la création historique de La Fille mal gardée à Bordeaux.
Quels grands danseurs ont été formés par Jean Dauberval ?
Fervent pédagogue, Jean Dauberval a transmis les théories du ballet d’action à plusieurs figures majeures de l’histoire de la danse. Parmi ses élèves et disciples les plus illustres figurent Charles-Louis Didelot (souvent qualifié de père du ballet russe), Salvatore Viganò (qui introduisit le drame dansé en Italie), Jean-Pierre Aumer et Eugène Hus.
Fiche d'identité
- Nom : Jean Dauberval
- Nationalité : Française
- Né à Montpellier (France)
- Date de naissance : 19 août 1742
- Date de décès : 14 février 1806
- Fonctions : Chorégraphe, Danseur, Directeur d'école, Maître de ballet
- Compagnies associées : Ballet de l'Opéra national de Paris, Opéra National de Bordeaux
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